Ferme Florale
Une entreprise familiale comme il s'en trouve peu au Québec! La Ferme Florale a une âme que son fondateur M. Adélard Bisaillon et Yolande, son épouse, ont su transmettre è leurs enfants. Originaire de Sainte-Christine, c'est aux États-Unis, à Greenwich dans l'état de New York, qu'il a passé une grande partie de son enfance. Après des études à Cornell et au Jardin botanique de New York, il répond à l'invitation du Frère Marie-Victorin et de M. Henry Teuscher qui se cherche un horticulteur compétent pour assumer la responsabilité de contremaître de serres de production et d'exposition, au jardin botanique de Montréal. Nous sommes en 1938.
Il se marie à Montréal, puis naissent les premiers enfants. Mais, si la ville a ses avantages, elle a aussi ses contraintes. Il rêve alors de grands espaces pour sa famille et pour satisfaire également son besoin d'être en contact plus direct avec la terre. À la fois près et loin de Montréal, Saint-Bruno offre toutes les qualités que peut offrir la campagne : grands espaces, grand air, une montagne, des lacs … Tout pour satisfaire des amants de la nature!
Les débuts
En 1945, avec son père, Alfred Bisaillon, Adélard achète un terrain de 17 acres environ, d'un cultivateur des Vingt, M. Arthur Jetté. Ce terrain donnant sur la route 116 tire ses limites, dans la partie la plus profonde, jusqu'à la rue Beaumont. Au printemps de l'année suivante, il construit pour son père une maison, une serre, un atelier de travail et un hangar. Puis en 1947, il construit une autre maison qui deviendra la résidence permanente de la famille. Comme se faire plaisir traîne souvent sa part de sacrifices, il accepte volontiers les déplacements journaliers
Au jardin botanique, il est toujours horticulteur en chef des serres de production et d'exposition, et il enseigne è l'École d'horticulture. Pendant plus de trente ans, ce travail lui permet de faire vivre sa famille de six enfants : André, Jacques, Jean, Roger, Hélène et Michelle. D'abord 'homme de serres', son travail au Jardin botanique le passionne. À Saint-Bruno, si une serre se veut surtout une occupation pour son père, elle lui fournira aussi l'occasion d'occuper ses propres loisirs… Mais il a aussi une autre passion, les conifères. Cette passion remonte probablement, dit André, à ses années de formation aux États-Unis. Il a été profondément marqué par la merveilleuse collection de conifères du Colonel R.H. Montgomery. André raconte que vers la fin des années 1930, son père a même donné le nom de 'Montgomery' à un Picea pungens non encore nommé. Un spécimen de cette épinette bleue à croissance lente, parfaitement adapté aux conditions climatiques du Québec, est toujours là devant, sur le terrain de la Ferme Florale. Intentionnellement ou pas, cette épinette devient un symbole de pérennité.
La Ferme Florale des années 1950 est avant tout une serre de 2 500 pieds carrés qui est réservée à la culture des fleurs. Jeunes adolescents, André et Jacques se souviennent de la période ou l'on préparait minutieusement le médium dans lequel seront repiquées les plantules issues d'un semis récent. Ils manipuleront des quantités importantes de terre, de sable, de mousse de tourbe auxquelles ils ajouteront azote, phosphore, potassium et autres produits nécessaires è la croissance des végétaux. Une chambre de stérilisation équipée d'une machine à vapeur sera alors une nécessité.
Les mois d'hiver sont consacrés à préparer un printemps fleuri. Dans l'unique serre de l'époque, ils cultivent des potées fleuries de pélargoniums, de coléus, de fuschias et d'hortensias, très populaires auprès de la clientèle. En fleurs coupées, les callas et les chrysanthèmes présentent aussi un intérêt certain. Et, évidemment, il y a les semis d'annuelles et les plantules qu'il faut repiquer dans des boîtes recyclées provenant de marchands de poissons de la rue Sanit-Laurent à Montréal. Réparer, déclouer, perforer. C'est l'une des corvées annuelles auxquelles on ne peut échapper. Si à Saint-Bruno le travail ne manque pas, au Jardin botanique de Montréal, c'est aussi l'effervescence. Les serres sont bourdonnantes d'activité. Pendant plusieurs années, Adélard Bisaillon donne des conférences et organise des ateliers pratiques auxquels participent les fils Bisaillon. C'est à Saint-Bruno que sont préparées les boîtes de semis qui vont servir aux ateliers.
À l'extérieur, environ trois acres sont consacrées à la culture des vivaces, des fleurs coupées, tels les asters, astilbes, calendulas, delphiniums, diantus, glaïeuls ou pivoines. Une année, Adélard Bisaillon a même eu l'idée de lancer ses enfants dans la production de fraises et de framboises, dans le but précis de les occuper tout en leur donnant la possibilité de se faire un peu d'argent de poche… le champ occupait alors l'espace du parc Bisaillon actuel. Cela a eu pour effet, racontent-ils, de donner un surcroît de travail à leur mère sans qu'elle puisse cependant en profiter.
La clientèle, surtout anglophone, ne suffit pas à la Ferme Florale. Il faut écouler le fruit de toute cette production. Même s'ils ont comme clients certains grossistes, du printemps jusqu'à l'automne, six jours par semaine, les Bisaillon sont présents au marché Atwater, à Montréal. Certains jours de fête, ils seront au marché Jean-Talon. Les potées fleuries, les fleurs coupées, les bouquets minutieusement préparés par les 'dames de la maison', les boîtes d'annuelles, les touffes de vivaces sont offerts au public à des prix plus que raisonnables.
Année de croissance
Saint-Bruno grandit. Au cours des années 1960, une population de plus en plus francophone s'installe et développe un engouement pour l'horticulture. La Ferme Florale suit le mouvement. D'autres serres s'ajoutent à la serre existante. Une pépinière voit le jour et même une boutique de fleuriste fait son apparition. Successivement, les études terminées, les enfants prennent leur place. Les frères Bisaillon y trouvent alors un intérêt et déjà leur avenir se dessine. L'entreprise devient véritablement une affaire familiale. Ils développent une compétence qui leur vient, d'une part, des études spécialisées dans le domaine, faites en Ontario et aux États-Unis et, d'autre part, de cet héritage familial pour le moins exceptionnel.
Au cours de l'été 1965, d'autres travaux sont exécutés. Trois serres de production, une serre de magasin et deux ombrières, couvrant une surface d'environ 20 000 pieds carrés, marquent un point tournant dans le développement de la Ferme Florale. Encore une fois, c'est une œuvre collective. L'enthousiasme de ces jeunes frères associés, dans un projet exigeant, ne semble pas avoir de limite.
À la fin des années 1970, le Québec voit le secteur de l'horticulture prendre de l'ampleur à un rythme effarant. Afin d'y trouver leur part de marché, les frères Bisaillon construisent un nouveau magasin d'une surface de 40 000 pieds carrés. Quelques années plus tard, une serre de plantes tropicales et de potées fleuries de 1 500 pieds carrés y sera rattachée. Un travail d'équipe qui laisse à chacun toute l'autonomie dont il a besoin pour bien s'épanouir : André à la pépinières, Jacques dans les serres, Jean et Michelle dans le magasin, Roger dans les arrangements floraux et Hélène à la comptabilité.
Les projets ne manquent pas. La clientèle se fait de plus en plus nombreuse et il faut améliorer le service. Les serres de production, la serre de magasin et les deux ombrières seront démolies pour faire place è un jardin abrité de 15 000 pieds carrés. Ce jardin, à l'abri des intempéries, a été réalisé en 1986. Il fait, à juste titre, la fierté de ses propriétaires puisqu'il est l'un des rares du genre au Québec et même au Canada. L offre une collection impressionnante de vivaces en pots du printemps jusqu'à l'automne et offre, en saison, un choix d'annuelles, de fines herbes et de légumes. En 1993, à l'extrémité ouest de la pépinière, la réalisation d'un pavillon de jardin en bordure d'un bassin de plantes aquatiques est une invitation… D'autres végétaux, d'autres éléments suggérés pour le plus grand plaisir des consommateurs.
En conclusion
Si la Ferme Florale est une affaire de famille, c'en est aussi une de travail et d'organisation. Elle est le symbole d'un rêve devenu réalité, grâce à l'implication de ses chefs de section qualifiés et au dynamisme de ses patrons. Toujours à l'écoute de la population montarvilloise assoiffée d'horticulture, les frères Bisaillon ont su tirer profit, avec les années, d'un héritage précieux. Un centre de jardin pas comme les autres où l'on vient de loin pour y choisir ses végétaux.
Référence: Authier, Jeanne, La ferme Florale, réalisation d’un rêve, dans Raynauld, Calire Duval, Jardins et traditions, l’horticulture à Saint-Bruno-de-Montarville, Société d’horticulture et d’écologie de St-Bruno, 1995, pp.40-43.